Discours du président Aoun à l’occasion du Sommet arabe pour le développement économique et social

Dimanche 20 Janvier 2019 à 12:12 Politique

ANI – Le président de la République, Michel Aoun, a prononcé le discours suivant, à l’occasion de la  Séance d'ouverture de la quatrième session de la Conférence du Sommet arabe pour le développement économique et social :

« Vos Excellences et Altesses les chefs de délégations des États arabes,
Son Excellence Monsieur Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue des États arabes, cher auditoire

Bienvenus à Beyrouth, berceau de l’alphabet et des constitutions.

Bienvenus à vous qui êtes nos invités dans votre Pays, bienvenus en tant que frères qui se retrouvent à ce sommet pour relever les défis économiques auxquels nos pays sont confrontés. Nous espérons que nos efforts répondront aux aspirations de nos peuples et de celles des générations futures et que nous pourrons avancer sur la voie de la croissance et de la prospérité afin de promouvoir les actions du développement inter arabe. Mais tout d’abord, je tiens tout d’abord à remercier Sa Majesté le roi Salman Ben Abdelaziz qui a présidé la précédente cession du Sommet.

Mes frères

Notre région a été frappée, à la manière de séismes, par des guerres mobiles.  Certains de nos pays étaient au cœur des conflits et d'autres en ont subi les répercussions. Dans les deux cas, les pertes sont lourdes que ça soit au niveau humain, économique, social et sécuritaire...

Nous ne sommes pas ici pour discuter les causes de ces guerres ni pour débattre de ce qui les a provoqué ou instigué, mais pour nous attaquer à leurs conséquences dévastatrices pour l'économie et la croissance de nos pays, nous ramenant loin en arrière.

Les guerres internes, l'extension du terrorisme, du fanatisme et l'émergence de vagues de déplacés et de demandes d'asile telles que le monde n'en a jamais connues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont nui au processus de développement de la région, atteignant de plein fouet les pays déjà touchés par des difficultés économiques et sociales. Les répercussions de ces conflits continueront à peser de tout leur poids, étouffant pendant de nombreuses années toute possibilité de rebondissement. Cela entravera inévitablement la mise en œuvre de tout calendrier économique et social visant des objectifs de développement durable et le retardera par rapport aux autres pays du monde.

Où en sont nos pays des objectifs globaux de développement durable et d'éradication de l'extrême pauvreté, de la lutte contre les inégalités et l'injustice, de la réforme du climat…alors que nos peuples subissent la démolition de leurs maisons, que leurs droits les plus fondamentaux à la liberté et à une vie décente sont bafoués et que la destruction de nombre de pays arabes poussent des millions de personnes à quitter leurs pays pour s'installer dans d'autres qui ploient déjà sous le fardeau de leurs problèmes et du nombre de leur population.

Mes frères
Je parle en connaissance de cause car le Liban a payé les conséquences de ces guerres et celles du terrorisme le prix fort, subissant depuis des années le fardeau le plus lourd au niveau régional et international de l’exode de nos frères syriens, tout comme celui, depuis soixante dix ans, des frères palestiniens. Leur nombre équivaut aujourd’hui celui de la moitié du peuple libanais alors que notre territoire est restreint, nos infrastructures inadéquates, nos ressources limitées et notre marché du travail surchargé.

Par ailleurs, l'occupation israélienne, qui persiste depuis soixante-dix ans dans l'agression et l'occupation des territoires palestiniens et arabes, affichant un total mépris pour les résolutions internationales, a atteint aujourd'hui son paroxysme en judaïsant Jérusalem, la déclarant capitale d’Israël et en adoptant la loi du "nationalisme juif en Israël", ne tenant compte d’aucune résolution internationale, ce qui signifierait l’usurpation de l'identité palestinienne, le renversement de la résolution 194 et le reniement du droit au retour. J’ajoute à cela que les menaces israéliennes et les violations permanentes de la résolution 1701 par terre, par mer et air de la souveraineté libanaise constituent une pression constante sur le Liban.

Mais le plus dangereux de tout cela reste les divisions internes et les dispersions que vit le monde arabe. Et il est bien connu que "tout royaume qui subit des dissensions internes se détruit et que toute maison morcelée ne peut se consolider".  Tout cela affecte obligatoirement les piliers de nos pays, à commencer par l’économie, la prospérité et le développement.

 

Mes frères
Comme dit notre poète et grand penseur, Gibran Khalil Gibran «Malheur à la nation qui porte ce qu’elle ne tisse pas, mange ce qu’elle ne sème pas et boit ce qu’elle ne presse pas !». Et pour transformer la nation arabe en nation productive qui «tisse, cultive et presse » assurant sa sécurité alimentaire, elle doit faire face à de nombreux défis. Le premier consiste à transformer les événements douloureux que nous subissons en force d’incitation pour œuvrer ensemble afin de briser le cycle infernal des guerres et leurs conséquences et offrir à nos peuples une avancée vers un avenir meilleur. Prenons en exemple l’Europe qui a su panser les plaies de ses guerres pour atteindre la paix grâce à la prospérité économique et sociale.

Mes frères
Notre sommet se tient après plusieurs années d’abstention au cours desquelles le monde a assisté à la décision historique prise par la 70e session de l'Assemblée générale des Nations Unies en 2015, sous le numéro 70/1 et qui a approuvé un plan de développement durable jusqu’en 2030 et comportant 17 objectifs. 

En tête de cette décision il fut précisé que ce plan " représente un programme d'action pour les peuples, la planète et la prospérité et qu’il vise à promouvoir la paix dans le monde dans un climat de liberté plus large".

D'où le titre du Sommet arabe pour le développement : « La prospérité, facteur de paix ».

Atteindre la prospérité est une tâche ardue mais non impossible.

S'attaquer aux causes profondes des crises tout en cherchant à réduire la pauvreté, source d'inégalités donc de guerre et de terrorisme, est une priorité. Il en est de même en ce qui concerne la lutte contre la corruption et la mise en œuvre de réformes nécessaires à tous les niveaux pour garantir la stabilité de la législation et la fiabilité du système judiciaire afin de susciter un facteur de confiance entraînant l’encouragement d'investissements intérieurs et extérieurs.

Il nous faut également coordonner les programmes et les projets arabes avant le Sommet des Nations Unies sur le développement durable, qui se tiendra à New York le 25 septembre, en présence des dirigeants du monde.

Tout en élaborant des projets d’investissement économiques et agricoles suivant une vision globale et complémentaire, l’essentiel de notre action commune doit être basée sur la mise en œuvre de l’accomplissement de l’individu arabe, la préservation des droits de la femme, mettant en évidence son rôle fondamental dans nos sociétés quant à la protection de nos enfants et l’éducation de nos jeunes, visant à consolider leurs connaissances pour les encourager à mieux connaître l’autre. De là est née notre initiative d’œuvrer pour constituer « L’Académie de l’Homme pour la rencontre et le dialogue » en raison de ses dimensions culturelles et sociales et de tout ce qu’elle comporte comme espace de rencontre entre les humains.

Mes frères
Nous espérons que ce sommet contribuera à réactiver les projets en cours afin de les finaliser dans l’intérêt de nos peuples. Où en sommes-nous aujourd'hui du marché commun arabe? Et de l’entraide quant à la distribution de la production agricole qui respecterait les calendriers et une réciprocité permettant une complémentarité du marché arabe? Où en sont les grands projets d'interconnexion entre nos pays tels le réseau électrique, la grande zone de libre-échange arabe et l'augmentation du taux d'investissement intra-direct entre les pays arabes? N’est-il pas temps de faciliter l’échange entre nos frontières en ouvrant des points de passage permettant la circulation des marchandises entre nos pays? Et où en sommes-nous de la rectification du traité arabe de facilitation afin qu’il devienne plus juste et plus complet ?

Nous espérons également que le sommet prendra en considération des projets futuristes utiles au monde arabe. Dans ce cadre, le Liban a présenté un projet se rapportant à l’économie numérique vu l’importance du développement technologique et informatique et les changements inévitables qui en découlent tels le commerce électronique et la gouvernance numérique.

Le Liban lance de cette tribune un appel à la Communauté internationale afin qu’elle déploie tous les efforts possibles pour créer les conditions nécessaires au retour sécurisé des déplacés syriens dans leur pays, en particulier dans les zones actuellement stables et accessibles ou à faible tension. Un retour qui ne soit pas lié à une solution politique. Et leur offrir des incitations au retour afin qu’ils contribuent à reconstruire leur pays et s’y installer.

Nous avons travaillé sur un projet de communiqué final publié par le Sommet sur la crise des déplacées et des réfugiés, compte tenu des répercussions de cette grave crise sur les économies de nos pays et au-delà des dangers existentiels qu’elle fait peser sur le tissu social de la région.

À la lumière des grands défis et des tâches majeures qui nous attendent après les guerres et les crises dans plusieurs pays arabes, je propose d'adopter une stratégie de reconstruction pour le développement, appelant à la mise en place de mécanismes efficaces répondant à ces défis et aux exigences de la reconstruction, notamment par la création d'une Banque arabe pour la reconstruction et le développement. Celle-ci aiderait tous les États et peuples arabes touchés par les conflits à surmonter leur situation critique et contribuerait à leur croissance économique, au bien-être de leurs peuples et à la réalisation d’objectifs de développement durable.


Dans ce contexte, j'appelle toutes les institutions de financement et tous les fonds arabes à se réunir à Beyrouth dans les trois prochains mois afin d’en discuter et d’élaborer les mécanismes.

Mes frères

La tenue de ce sommet à Beyrouth en cette période délicate que traverse la région est une affirmation du rôle du Liban et de sa mission régionale et mondiale. Nous aurions souhaité que ce sommet soit l’occasion de rassembler tous les Arabes, afin qu’il n’y ait aucun siège de vide. Nous avons déployé tous les efforts possibles pour supprimer les raisons qui ont conduit à cette vacance, mais les obstacles étaient malheureusement encore plus grands.

Nous regrettons également l’absence de nos frères les rois et présidents, l’excuse de leur non présence leur revient.

Reste que la réunification est un besoin qui se fait urgent face aux défis qui assaillent notre région, notre identité et notre appartenance. Nos objectifs ne seront pas atteints si nous ne nous mettons pas d'accord sur nos causes communes et les droits qui unissent nos nations, traduisant ainsi la volonté de nos peuples désireux de prospérité et de paix.

Encore une fois je vous souhaite la bienvenue en espérant tout le succès aux travaux de notre Sommet et que la paix soit avec vous ».


=========

Suivez les nouvelles de l'Agence Nationale de l'Information sur les ondes de Radio Liban 96.2, 98.1 et 98.5 FM

  • Nos Services
  • Service d'email
  • Application Mobile
  • Site Web réactif