Muse ou mosque? La Turquie tranche sur Sainte-Sophie

Jeudi 02 Juillet 2020 10:59 Rgional

ANI - Le plus haut tribunal de Turquie se prononce jeudi sur la reconversion en mosquée de l’ex-basilique Sainte-Sophie, une décision que le président Recep Tayyip Erdogan appelle de ses vœux au risque de susciter des tensions avec plusieurs pays.

 

Œuvre architecturale majeure construite au VIe siècle par les Byzantins qui y couronnaient leurs empereurs, Sainte-Sophie est un site classé au Patrimoine mondial de l’Unesco et l’une des principales attractions touristiques d’Istanbul.

 

 

Convertie en mosquée après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, elle a été transformée en musée en 1935 par le dirigeant de la jeune République turque, Mustafa Kemal, soucieux de «l’offrir à l’humanité».

 

Jeudi, le Conseil d’État étudie la requête de plusieurs associations demandant un retour au statut de mosquée. Une décision pourrait intervenir le jour même, et au plus tard sous 15 jours, selon l’agence de presse étatique Anadolu.

 

Signe que l’affaire préoccupe à l’étranger, les États-Unis ont appelé mercredi la Turquie à ne pas toucher au statut de Sainte-Sophie. Mais Recep Tayyip Erdogan, un nostalgique de l’Empire ottoman qui cherche aujourd’hui à rallier l’électorat conservateur sur fond de crise économique due à la pandémie de nouveau coronavirus, s’est plusieurs fois dit pour une reconversion en mosquée. L’an dernier, il avait qualifié la transformation de Sainte-Sophie en musée de «très grosse erreur».

 

«Puissant symbole»

Depuis l’arrivée de Recep Tayyip Erdogan au pouvoir en 2003, les activités liées à l’islam se sont multipliées à l’intérieur de Sainte-Sophie, avec notamment des séances de lecture du Coran ou des prières collectives sur le parvis du monument.

 

Mahmut Karagöz, un cordonnier âgé de 55 ans, rêve de pouvoir un jour prier sous la coupole de Sainte-Sophie. «C’est un héritage de nos ancêtres ottomans. J’espère que nos prières seront entendues, il faut que cette nostalgie prenne fin», dit-il à l’AFP.

 

Pour Anthony Skinner, du cabinet de consultants Verisk Maplecroft, reconvertir Sainte-Sophie en mosquée permettrait à Recep Tayyip Erdogan de contenter sa base électorale, d’irriter Athènes, avec qui les rapports sont tendus, et de renouer avec le passé ottoman. «Erdogan ne pouvait pas trouver un symbole aussi puissant que Sainte-Sophie pour atteindre tous ces buts à la fois», résume-t-il.

 

L’an dernier, le Conseil d’État avait déjà autorisé la reconversion en mosquée de la superbe église byzantine de la Chora à Istanbul, une décision perçue par certains comme un ballon d’essai avant Sainte-Sophie. La décision du Conseil d’État jeudi «sera vraisemblablement politique (…), le résultat des délibérations au sein du gouvernement», estime Asli Aydintasbas, chercheuse à l’European Council on Foreign Relations.

 

Risques de tensions

Pour Asli Aydintasbas, le gouvernement doit peser le pour et le contre, notamment à travers le prisme des relations avec la Grèce, l’Europe et l’administration américaine de Donald Trump pour qui «la religion est un sujet important». De fait, la décision de reconvertir en mosquée un lieu aussi emblématique dans l’histoire de la chrétienté que l’ancienne basilique byzantine pourrait susciter des tensions.

 

«Nous exhortons les autorités turques à continuer de conserver Sainte-Sophie comme musée, en tant qu’illustration de leur engagement à respecter les traditions cultuelles et la riche histoire qui ont façonné la République turque, et à assurer qu’elle demeure ouverte à tous», a ainsi déclaré mercredi le secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

 

Le sort de Sainte-Sophie préoccupe aussi tout particulièrement la Grèce voisine, qui surveille de près le devenir du patrimoine byzantin en Turquie.

 

En Turquie aussi, d’ailleurs, nombreux sont ceux qui s’opposent à une telle décision. «Des millions de touristes le visitent chaque année», souligne Sena Yildiz, une étudiante en économie. «C’est un lieu important pour les musulmans, mais aussi pour les chrétiens et pour tous ceux qui aiment l’Histoire».

 

(AFP/NXP)

 ======================M.M.

Suivez les nouvelles de l'Agence Nationale de l'Information sur les ondes de Radio Liban 96.2, 98.1 et 98.5 FM

Faits marquants de 2018: lections lgislat...

ANI - Le 6 mai 2018, les lections lgislatives ont eu lieu aprs neuf ans d'absence e

Dimanche 30 Decembre 2018 14:17 Lire

Les activits de la direction de l'Orie...

ANI – A l'occasion du 75e anniversaire de l'Indpendance de la Rpublique li

Mardi 20 Novembre 2018 16:02 Lire
  • Nos Services
  • Service d'email
  • Application Mobile
  • Site Web ractif